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Voyage Sauvage by Terres 2 Découvertes est spécialisé dans les voyages à la rencontre des animaux sauvages, dans le respect et l’intimité de ceux-ci. Ils souhaitent donner du sens à chaque voyage et sensibiliser les voyageurs à la condition animale, ainsi qu’à leurs responsabilités face aux problématiques écologiques et animalières. L’activité de l’entreprise se divise en 2 actions distinctes : le tour opérateur (Voyage Sauvage) et l’activité de consulting (Lioness Consulting).


Nous sommes allés à la rencontre d’Aurélie, fondatrice de Voyage sauvage et experte éco-animalière. Elle nous explique comment concilier tourisme animalier et préservation de la biodiversité.

Quelle vision avez-vous sur les espèces menacées et leur place dans la lutte climatique ?

« Je ne sais pas vous, mais moi je me retrouve très souvent à entendre que la biodiversité et la cause animale ne sont pas des priorités, mais que le climat en est une. C’est une grosse bêtise, car les trois sont intimement liés. C’est agaçant d’entendre le contraire et de ne pas voir la biodiversité traitée à son juste niveau d’importance.

Le climat est une priorité, mais on ne pourra jamais agir concrètement et profondément dessus seul, sans prendre en compte le milieu naturel. Notre technologie seule ne peut régler tous les problèmes du climat, c’est un outil qui peut aider, mais ce n’est pas la solution.
À chaque fois que l’on a voulu intervenir seul, ça n’a pas marché. 

C’est le milieu naturel qui détient la solution et pas nous ! 

On se focalise essentiellement sur les nouvelles technologies pour résoudre le problème climatique, alors qu’elles ne représentent que la partie émergée de l’iceberg, une partie infime de la solution.

Prenons l’exemple de l’ours polaire. Ce qui est important dans ce cas-ci, plus que l’animal en lui-même, c’est ce qu’il représente, le symbole. En effet, tous les animaux dans le milieu glacier sont malheureusement menacés.

Ce qui est intéressant avec l’ours polaire, c’est le lien important qu’il y a entre le climat et les animaux, et dans ces milieux, il apparaît de manière encore plus flagrante. L’ours polaire devient alors étendard des revendications climatiques, animalières et écologiques ».

polar bear

(Polar bear)

Quelles technologies peuvent être mises en place pour préserver les espèces sauvages ?

« Pour moi la solution technologique et humaine se trouve dans le biomimétisme. C’est-à-dire s’inspirer de la nature dans la création de solution climatique. Et à chaque fois qu’on a inventé les plus belles solutions c’est parce que l’on s’est inspiré de la nature. Donc je pense que forcément la solution climatique passe par notre inspiration venant de la nature, mais aussi la capacité de celle-ci à se protéger.

L’exemple évoquant est celui des combinaisons de natation des sportifs olympiques. Afin d’améliorer toujours plus leurs performances sportives, les nageurs s’étaient inspirés des requins, des baleines et de la faune marine, dont la nage est beaucoup plus efficiente que la nôtre. Les résultats étant tellement extraordinaires et efficaces que les JO ont interdit ce genre de combinaison. 

Cela montre très bien ce que peut donner l’alliance entre biomimétisme et technologie humaine, ainsi que les résultats que l’on peut en tirer ». 

Que voulez-vous dire lorsque vous dites que le combat climatique est inaliénable à la protection de la vie sauvage ?

“Bien sûr, on parle ici essentiellement de l’effet papillon. Prenons donc l’exemple des énergies renouvelables. Les éoliennes par exemple, posent certaines problématiques, notamment les pales, qui sont un réel problème pour les animaux. L’installation d’éoliennes en mer est, par exemple, un réel problème pour les oiseaux marins. À cela s’ajoute le fait que nous ne savons pas les recycler pour le moment. Donc toujours plus de problèmes environnementaux : l’enfouissement des pales a des conséquences dramatiques pour la qualité des sols et les nappes phréatiques, qui sont déjà terriblement polluées. 

Si au préalable, on avait réfléchi à ces problématiques et ces répercussions sur notre planète et sur le monde du vivant, on aurait peut-être pas inventé ce genre de solutions, qui n’en sont pas vraiment. Et ce n’est que maintenant que l’on voit les conséquences et les limites de telles installations. 

L’effet papillon s’est aussi lorsque certains pays décident d’investir fortement dans les énergies renouvelables pour limiter la production de CO2, et alors ne font plus attention au reste de leurs consommations car ils pensent compenser leurs empreintes. Et c’est ce que l’on constate aujourd’hui. La production de CO2 continue de croître malgré l’investissement massif dans les énergies renouvelables. 

On oublie souvent de prendre l’intégralité du problème et excluons souvent une partie du monde du vivant des solutions technologiques et naturelles aux problématiques climatiques et environnementales.
On nous dit qu’il faut planter des arbres mais ce n’est pas la solution car la biodiversité ce n’est pas un arbre, c’est bien plus complexe. C’est tout un écosystème dont les arbres font partie certes, mais qui ne repose pas uniquement sur les plantes et les forêts.

La solution ne peut être qu’uniquement planter des arbres. Il faut : replanter les mangroves, développer les forêts de Kelp en Afrique du Sud, protéger les baleines qui absorbent énormément de CO2.
Sinon encore un effet papillon négatif : j’ai planté des arbres pour la compensation donc je peux me permettre de polluer tout autant que je dépollue. Et sans être médium, je peux vous garantir qu’uniquement planter des arbres ne nous sauvera pas”.

Quels êtres vivants agissent directement ou indirectement sur leurs écosystèmes ? 

« Le premier exemple qui me vient en tête, c’est l’ours. Lorsque celui-ci mange du saumon en bord de rivière, il ramène sur le rivage des morceaux de saumon. Ces poissons possèdent en eux beaucoup d’oligo-éléments, qui enrichissent les sols, faisant prospérer des écosystèmes entiers.  

Un autre exemple flagrant est celui du Parc National Yellowstone. Dans ce parc, la bêtise humaine a voulu que l’on chasse le loup jusqu’à sa disparition totale du parc. 

Que s’est-il alors passé ? Les cervidés ont prospéré, ils ont donc mangé tous les arbustes et petites plantes. Cela a entraîné une dégradation des sols et du parc dans son ensemble. 

Heureusement à ce moment l’humain a eu une bonne idée. Plutôt que de commencer à chasser les cervidés, ils ont essayé de rétablir l’équilibre naturel des choses et ont introduit de nouveau le prédateur naturel des cervidés : le loup.
Et cela a fonctionné ! Cette démarche est d’ailleurs celle que nous souhaitons encourager partout au travers de notre éco-tourisme ».

ours bruns
loup

Pour revenir sur l’ours polaire, pourriez-vous nous indiquer en quoi il est un symbole de la lutte climatique mais aussi du tourisme responsable et écologique ? 

« Il est tout un symbole car forcément il représente à juste titre la fonte des glaciers et la montée des eaux. Il est le symbole de la faune menacée par un milieu et un écosystème fortement dégradé et à la limite de la viabilité. De plus, dans ce milieu froid, le dérèglement climatique et ses conséquences sont visuellement plus flagrants.

D’un côté il ne faut pas croire que le touriste, sur place à un impact de par son séjour. Au contraire, c’est au contact de ce milieu et de cet écosystème en perdition que l’on se rend compte des conséquences dramatiques de notre mode de vie les 300 et quelques autres jours de l’année. 

L’ours polaire représente aussi cette culpabilisation au mauvais niveau. Certes, sur place vous vous devez d’avoir une attitude responsable et de limiter au strict minimum votre impact sur place. Mais en même temps, il n’y a pas de rapport direct entre 15 jours de voyage et la fonte des glaces.

Ce sont nos habitudes qui sont responsables de ce phénomène dramatique. Est-ce qu’on commande nos cadeaux de Noël à l’autre bout du monde par bateau ? Mange-t-on beaucoup de viande ? Mange-t-on du foie gras ? 

L’ours polaire montre ce lien universel qu’il y a entre le climat et la biodiversité. Et si on ne le prend pas en compte, on a déjà perdu le combat.

Enfin l’ours polaire représente aussi ce phénomène de perte de territoire sauvage et animalier. Son territoire ne cesse de rétrécir, le poussant à des comportements irrationnels pour survivre tels que s’approcher des villes ou encore fouiller les poubelles à la recherche de nourriture, poussant les habitants à chasser l’ours. C’était notamment le cas à Churchill. Là-bas, la solution est apparue grâce au tourisme. L’afflux de touristes voulant rencontrer et observer les ours polaires est devenu une réelle manne financière pour les habitants. De ce fait, la chasse a complètement disparu à Churchill, au profit de l’éco-tourisme. Ce genre d’exemple permet de croire en l’écotourisme et en mon métier.

Sans l’écotourisme, il n’y aurait plus d’ours polaire, plus de gorilles, plus de chimpanzés ». 

Gorilles
Chimpanzé

Comment trouver l’équilibre entre tourisme responsable et approche respectueuse de la faune sauvage ? 


“En effet, cette question est réellement importante. Autant que l’écotourisme peut sauver certaines espèces, le tourisme non-responsable peut gravement les mettre en danger.

L’écotourisme est alors la seule réelle option. Plusieurs règles permettent une approche responsable et écotouristique. Tout d’abord, ne pas s’imposer, rester humble sur un territoire qui n’est pas le nôtre. Il s’agit de respecter l’espace de l’animal.

Pour entrer plus en détails, et vous verrez cela relève du bon sens, il faut respecter la distance, pour votre sécurité mais surtout pour le bien-être de l’animal. Ensuite, il faut éviter les grands groupes de personnes, peu importe l’approche, cela effraie les animaux (même nous sommes effrayés devant 20 personnes autour de nous !). Il s’agit aussi d’être discret, ne pas faire trop de bruit, ne pas laisser trop de traces de son passage. Il faut alors se camoufler, disparaître dans l’environnement qui nous entoure.

Enfin, et cela peut paraître moins évident, mais le respect des animaux sauvages commence avec la préparation de vos valises. Évitez les crèmes solaires polluantes, les cotons tiges, prendre une gourde, bref tout ce qui pourrait laisser une trace indélébile sur les environnements et écosystèmes. 

Plus concrètement encore, évitez les vêtements trop colorés, privilégiez le beige ou le kaki. Ensuite ne vous imposez pas à l’animal. La problématique de l’interaction avec l’animal est très importante. Elle doit toujours être le choix de l’animal. Par exemple, lors de Whale Watching, on ne pourchasse pas les baleines, on les laisse venir à nous. Ce qui parait plutôt logique mais pas pour le plus grand nombre. Je pense que cela s’explique par la perte de lien entre animaux et humains. 

whale watching

L’humain s’est déconnecté de la nature et chaque génération a suivi ce processus. Un processus qui nous tue petit à petit, au nom de l’argent et de la surconsommation ».

Pourquoi est-ce important d’être bien accompagné par des experts de la vie sauvage ? et que proposez-vous pour mettre en avant cette expertise ? 

“Il y a un vrai retard dans la prise en compte de la biodiversité et son respect, encore plus dans le tourisme. Pour répondre à cela, nous agissons sur 2 niveaux.
Le premier est de connaître les dérives et les problématiques afin de les retirer de nos offres. Par exemple, pourquoi ne doit-on pas monter sur un éléphant ? Car pour faire de cet immense animal, un animal docile, il est torturé dès son plus jeune âge et tout le long de sa vie. Ou bien pourquoi ne pas monter sur les ânes ? Parce qu’ils ne sont pas morphologiquement fait pour porter quelqu’un (comme nous d’ailleurs !). En revanche, il peut prendre une certaine charge équilibrée et répartie sur le côté, sinon, c’est sa colonne vertébrale qui supporte un poid bien trop lourd. 

Âne
elephant

Mais pour que les touristes arrêtent de pratiquer ces activités, il faut leur expliquer, et non pas les fustiger directement. Tout touriste comprenant la tristesse et le malheur animal sera plus enclin à changer ses habitudes. Tout l’intérêt de s’entourer d’experts de la faune sauvage réside justement là, dans les connaissances animalières, permettant d’éviter de nombreuses problématiques. Ça, c’est le niveau 1 : faire du tourisme un levier de conservation. L’idée ici est de faire passer le tourisme d’un levier de destruction à un levier de protection de la biodiversité.

Le niveau 2 quant à lui s’intitule expertise voyage éco-animalier. Ici on encourage à aller plus loin dans l’acquisition d’une expertise éco-animalière. Il s’adresse aux agents de voyage, en amont même du choix des guides. Par exemple, notre formation commence avec une question plutôt simple : savez-vous différencier un guépard, d’un léopard, ou d’un jaguar ? Car on n’apprend pas ça en tant qu’agent de voyage. On apprend aussi la sécurité, car nous sommes responsables de ces voyageurs que nous envoyons auprès d’une faune sauvage.

Le niveau 2 d’apprentissage s’appuie aussi sur l’idée que mieux on connaît un animal, moins on a de chance d’accident. On y apprend, par exemple, le comportement à adopter lors d’une rencontre avec un requin lors d’une plongée ».

plongeur face à un requin

Auriez-vous d’autres choses à conseiller aux professionnels ou aux voyageurs qui souhaitent préserver la faune sauvage ?

“Il est important, très important même, de ne pas faire de la faune sauvage un spectacle humain. Cette notion de spectacle est grave, car elle n’appartient qu’aux humains, et on l’impose au monde animal. L’animal ne fait pas semblant, lorsque l’interaction homme-animal tourne au spectacle, c’est toujours une dérive.

À aucun moment l’animal ne doit sauter dans un cerceau, être déguisé, peindre, chanter etc. Ce n’est pas naturel. La violence faite aux animaux lors de ces spectacles se cache à peine, voire pas du tout. Quand on pense que la corrida existe encore et qu’au nom de la culture, on tue sous forme de spectacle et devant des enfants, des animaux drogués et incapables de se défendre. 

3 problématiques sont à prendre en compte afin de préserver la vie sauvage : la perte du territoire animal, la pollution et la culture humaine néfaste aux animaux (cirques, corrida, etc.). Toutes ces problématiques trouvent leurs origines dans l’activité humaine, qui se transforme en réelle invasion du monde naturel.”

Plusieurs approches du tourisme recommandent de se tenir à l’écart de l’approche animal dans le voyage, comment avez-vous réussi à concilier tourisme responsable et approche de la vie sauvage ? Autrement dit comment réussit-on à trouver l’équilibre ?

“Là aussi de la même manière que pour nos formations, il y a deux approches. La première approche c’est de connaître les dérives. On ne peut se dire responsables sans connaître les problématiques auxquelles on peut être confronté.

Ensuite le niveau 2, c’est construire son voyage en partant de la problématique, et c’est plutôt rare comme procédé. Donc aujourd’hui quand je crée des voyages, je pars de la problématique. Voyage Sauvage n’a pas été créé pour le business ou pour le plaisir humain. J’ai décidé de créer ce produit afin de protéger les animaux et parce que je pense que l’écotourisme est réellement la solution, comme on a pu le voir au Costa Rica, en Ouganda ou encore à Churchill. Cela m’apparaît comme une évidence, à condition que ce soit bien réalisé. 

L’exemple flagrant que je peux vous donner est celui du voyage sauvage au Maroc.
Peu de gens pensent à un voyage éco-animalier au Maroc, pourtant nous essayons en ce moment de lui donner vie. Du point de vue animalier, il existe au Maroc deux grosses problématiques : les singes et les serpents. Je suis donc parti de ces problématiques animalières pour créer un voyage plus responsable. 

Sur la place Jemaa el fnaa, à Marrakech, on met en spectacle ces animaux sauvages, on les tient en laisse. Les singes ont été capturés en bas-âge dans les forêts de cèdres de l’Atlas. Ils sont ensuite dressés violemment, et utilisés jusqu’à leur mort. 

Pour les serpents, c’est identique, on les capture en milieu naturel, dans le désert, puis on les dresse, parfois on va jusqu’à leur coudre la bouche. 

On nous parle souvent des charmeurs de serpents, et de leur aspect culturel, mais il est basé sur un mensonge. Les serpents ne dansent pas, ils sont paniqués, le bruit de l’instrument fait profondément peur aux serpents qui agissent alors de la sorte. On nous a vendu pendant très longtemps un serpent danseur, il n’en est rien, c’est un serpent apeuré, cherchant à s’échapper, qui finira, bien souvent très jeune, cloué et dépecé vivant de sa peau. 

Tout ça pour vous expliquer qu’au Maroc, nous avons donc cherché à résoudre ces problématiques à notre échelle. Ayant vu que les singes venaient du haut de l’Atlas, nous nous sommes demandé d’où il venait exactement. Ils viennent essentiellement de parcs nationaux, notamment celui d’Ifrane. Il s’agit de forêt de cèdres dans laquelle aucun écotourisme n’a été développé.  

Nous souhaitons donc y créer un cercle vertueux, profitant d’une réelle valeur ajoutée pour le tourisme éco-animalier. En effet, si il y a de l’argent à se faire dans le tourisme des forêts de cèdre, on peut espérer que les singes arrêtent d’être utilisés comme animaux de foire, de spectacle.
En allant même plus loin, le développement d’écotourisme dans les parcs nationaux marocains pourraient attirer bons nombres de touristes, bien plus heureux face à une merveille naturelle, que face à la torture animale.

Le fait que les touristes soient prêts à payer pour visiter ces parcs et observer les singes dans leur environnement naturel serait aussi une forme de protection pour ces animaux. Personne ne veut abîmer un moyen de revenu pareil. À cela s’ajoute la possibilité de mieux lutter contre le braconnage et le rapt de singes en bas-âge. 

Et c’est comme ça que le tourisme peut sauver certaines espèces animales, et leur apporter une réelle protection. 

C’est le cas au Maroc, mais aussi en Polynésie avec les baleines ou encore à Churchill avec les ours polaires ».

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