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L’aristocrate travestie en nomade

S’il y a un mot pour résumer la vie d’Isabelle Eberhardt, ce serait : le destin. La fille illégitime d’un aristocrate exilé a mené sa vie comme elle l’entendait. Une femme téméraire, d’origine russe, qui au début du XXe siècle voyage seule au Maghreb, habillée parfois en homme. Elle écrit ainsi sur ses voyages (et a également pris un nom de plume masculin) pour contourner la limitation de son genre et s’est convertie à l’islam afin d’être acceptée par les populations arabes qu’elle avait appris à aimer. On pourrait dire que les circonstances de la naissance d’Isabelle et son début de vie étaient un signe du destin qui l’attendait. Elle est née à Genève en 1877, fille illégitime d’Alexandre Trophimowsky et de Nathalie Moerder (née Eberhardt). Son père était un ancien prêtre orthodoxe, devenu athée et anarchiste, et sa mère était elle-même illégitime, née d’une femme prussienne et d’un russe aristocrate de confession juive.

Départ pour l’Algérie et conversion à l’islam

Sa fascination pour l’Algérie et le Maghreb a commencé tôt et en 1894, elle engage une correspondance avec Eugène Letord, un officier français stationné au Sahara qui cherchait un correspondant. En 1895, elle publie sa première nouvelle et un essai «Vision du Maghreb» sous le nom de Nicolas Podolinsky. Malgré le fait qu’elle ne soit jamais allée dans cette partie du monde, les critiques ont reconnu la profondeur des idées dans son travail et l’un de ses lecteurs, Louis David, photographe franco-algérien, vient la rencontrer à Genève, intrigué par ses écrits. Il l’encourage alors à s’installer en Algérie.

C’est le coup de pouce du destin dont Isabelle avait besoin. En 1897, la famille d’Isabelle quitte la Suisse pour s’installer à Bône. En quelques mois, Isabelle a parlé couramment l’arabe et a commencé à porter des vêtements pour hommes car elle savait que les femmes algériennes ne pouvaient pas sortir seules ou dévoilées. Bien que la mère d’Isabelle décède, celle-ci choisit de rester vivre en Algérie. Elle avait déjà pris le pseudonyme masculin de Si Mahmoud Saadi, qui lui permettait de voyager plus librement à travers le Sahara. Ses voyages n’étaient pas seulement géographiques, mais spirituels. Elle fait la connaissance du Qadiriyya et est initiée au soufisme.

La vie nomade de « Si Mahmoud Saadi »

Sa proximité avec les populations arabes et ses croyances anti-coloniales lui ont valu la suspicion des autorités françaises et elle retourne à Genève pendant un certain temps, l’occasion aussi pour elle de prendre soin de son père mourant. Après quelques allers-retours en Europe et un mariage avec Slimane Ehnni, un soldat algérien, Isabelle revient en Afrique du Nord. Dans les années à venir, elle voyageait beaucoup à travers le désert, déguisée, et vivait une vie selon ses propres termes. Elle écrivait dans son journal intime et avait également des affectations dans des journaux, en particulier avec Al-Akhbar (The News), faisant de nombreux reportages sur le désert et les populations qui y vivent.

« Pour ceux qui connaissent la valeur et le goût exquis de la liberté solitaire (car l’un n’est gratuit que lorsqu’il est seul), l’acte de quitter est le plus courageux et le plus beau de tous. »

― Isabelle Eberhardt, The Nomad: The Diaries of Isabelle Eberhardt

L’héritage d’Isabelle Eberhardt

En fin de compte, la vie qu’elle avait choisie a fait des ravages. En 1904, elle avait 27 ans mais avait l’air beaucoup plus âgée. Elle avait perdu ses dents en raison du manque d’hygiène et du tabagisme excessif de «kif», avait contracté le paludisme et probablement la syphilis. Elle a également échappé à une tentative d’assassinat qui lui a presque coûté un bras.

A cause de la fièvre liée au paludisme, elle a cherché un traitement à Aïn Séfra, une ville militaire à l’époque. Le 21 octobre 1904, le lendemain du jour où son mari a réussi à la rejoindre, une crue soudaine a dévasté la ville et détruit la maison dans laquelle le couple séjournait. Son corps a été découvert parmi les décombres.

Elle a laissé beaucoup d’écrits, dont beaucoup à titre posthume, recueillis des restes de sa maison et envoyés au journal pour lequel elle travaillait. Ses journaux intimes et ses nouvelles sont un aperçu de la vie, des coutumes et de la culture des peuples du Maghreb et de l’extraordinaire vie que cette femme aura vécu intensément.

Pour en savoir plus :

The Oblivion Seekers, Isabelle Eberhardt sur citylight.com

The Nomad: The Diaries of Isabelle Eberhardt sur interlinksbooks.com

La vie d’Isabelle Eberhardt sur babelio.com

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