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Nous mettons beaucoup en avant les destinations à visiter et la façon dont nous pouvons voyager de manière durable, mais qu’en est-il de notre interaction avec les animaux ? Ne devrions-nous pas faire plus attention à notre approche de la faune lorsque nous visitons une destination ? Nous en avons discuté avec Aurélie Berthet Orengo, fondatrice de « Voyage Sauvage », une agence française spécialisée dans le tourisme animalier éthique.

Aurélie a passé toute sa carrière dans le secteur du voyage et possède une grande expérience dans différents aspects et domaines du tourisme. En 2011, elle crée son agence de voyage, Terre 2 Découvertes, une agence de voyage « standard » et il y a un an, elle décide de lancer son propre produit : “Voyage Sauvage”.

L’idée de Voyage Sauvage est née pendant le confinement Covid. Aurélie a alors passé beaucoup de temps à regarder des documentaires animaliers et il y a en a notamment un qui a retenu son attention « Planète Safari » avec Perrine Crosmary, archéozoologue (la science qui étudie l’évolution historique des relations naturelles et culturelles entre les humains et les animaux). Elle a alors eu un éclair de génie. C’est comme ça qu’on devrait découvrir les animaux, ça s’est fait de manière très respectueuse. Perrine respecte la vie privée de la faune. Cela lui a donné l’idée de créer des circuits axés sur la conservation des animaux, selon un schéma de safari, mais accessibles au plus grand nombre.

Il existe déjà beaucoup de circuits photo qui s’adressent aux professionnels ou aux amateurs avertis mais je voulais que mes circuits soient accessibles à tous en termes de budget et de conception.

Regarder et protéger

La devise de l’agence est la suivante : “Regardez et protégez”. Voyage Sauvage organise des voyages où vous pourrez observer la faune mais aussi, par exemple, suivre leurs traces et détecter les signes de leur présence. L’agence propose de redécouvrir Bangkok en suivant la piste des varans. Non loin de Marrakech, leurs circuits permettent d’observer les singes à la cascade de l’Ourika et dans le parc national d’Ifrane dans la chaîne de l’Atlas. Voyage Sauvage vise à co-créer un cercle vertueux où l’observation des animaux contribue réellement à la protection de la faune. Ils travaillent avec des associations locales, des parcs nationaux, des agences réceptives engagées et éco-responsables, ainsi que des hébergements.

Pour sélectionner ses partenaires, l’agence passe le plus souvent par des agences réceptives ou une base de données centralisée comme Flockeo. Ils discutent beaucoup et souvent, cela conduit à une amitié et à la création de liens forts inter-partenaires. C’est une question de confiance ! Ensuite, ils demandent un programme de visite, le parcourent, font attention à ce qu’il recouvre. Ils posent des questions et enfin, une charte est signée pour préciser noir sur blanc tous les critères de sélection de l’agence. 

C’est un véritable engagement à vocation réciproque. Pour nos partenaires, c’est un processus exclusif. Pour eux comme pour nous, car ils créent la plupart du temps le projet, ce qui est assez atypique en soi.

Pourquoi Voyage Sauvage est-il différent ?

Peu d’agences proposent des circuits écotouristiques animaliers. En moins qui soient accessibles au plus grand nombre. Voyage Sauvage propose des services que vous ne trouverez nulle part ailleurs et ils couvrent différents continents. Parmi les expériences uniques proposées, une randonnée à partir des traces des ours dans les Pyrénées, accompagnée par une association impliquée dans la protection des ours.

Nous sommes tellement engagés que nous offrons un écran solaire sans danger pour les récifs à nos participants qui se rendent à sur nos destinations sur la thématique de la faune marine. ​​Nous donnons également des carafes d’eau à nos participants et nous veillons à ce que nos prestataires ne donnent pas de bouteilles en plastique.

Cela ne veut pas dire que ce processus se passe toujours sans problèmes. L’agence a rencontré des difficultés en Polynésie française. L’eau n’est pas potable là-bas et donc, tout le monde a utilisé une bouteille d’eau en plastique. Les gourdes y sont très chères et elles viennent souvent de Chine donc ce n’est pas cohérent d’un point de vue environnemental. Il y a un véritable problème d’empreinte carbone couplé à celui de l’eau potable. Mais à chaque problème sa solution. Peut-être remplacer l’eau par des jus de fruits frais ou profiter d’un retour en Polynésie de notre partenaire pour ramener des gourdes directement de France pour compenser l’empreinte carbone ? Ou des bouteilles d’eau avec filtre inclus ? Équilibrer la durabilité avec la réalité d’une situation sur une destination donnée nécessite de sérieuses compétences managériales pour ces questions.

Un monde sans zoos

Aurélie est convaincue que les professionnels du tourisme s’engagent en faveur d’ un tourisme plus durable et pense avoir un rôle essentiel à jouer dans la diffusion des pratiques éco-engagées dans leurs domaines. Les professionnels seront les moteurs du changement plutôt que les voyageurs.

Ce qu’il y a de fantastique avec Voyage Sauvage, outre le fait qu’elle rassemble les deux passions d’Aurélie, qui sont les voyages et les animaux, est le fait que l’agence soit née au bon moment. Les gens veulent renouer avec la nature, être plus respectueux dans leurs interactions avec les animaux. Ils sont alors plus susceptibles de vouloir observer des animaux dans leur milieu naturel ou dans des sanctuaires plutôt que dans des zoos ou des parcs animaliers.

Je suis à peu près sûre que dans un avenir proche, il n’y aura plus de parcs animaliers en France ou en Europe, il n’y aura plus que des sanctuaires. Cela prendra du temps, 20, peut-être 50 ans, je ne sais pas, mais je veux y croire.

Un autre point important dans la philosophie de Voyage Sauvage est l’éducation des voyageurs en matière de maltraitance animale. Les agences de voyages ont un rôle majeur à jouer à cet égard.

Avec une amie, Aurélie a créé « Lioness Consulting », un duo de consultants en tourisme animalier qui accompagnent les agences de voyages, les voyagistes et les agences réceptives sur la façon de mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses dans leur gamme de produits. Toutes les deux prévoient également de créer ensemble une formation à destination des voyageurs.

Le cercle vertueux dont parle Aurélie a déjà commencé

En Ouganda, l’observation des gorilles est un succès. Les éco-rangers, dont beaucoup d’anciens braconniers, sont payés par les droits d’entrée et sont devenus de véritables gardiens de la biodiversité animale. Dans ce pays, la population de gorilles des montagnes est en nette augmentation.

D’un autre côté, il y a encore des situations qui ne devraient plus exister. Le tristement célèbre “Temple du Tigre” en Thaïlande, où les touristes payaient pour interagir avec les tigres et les caresser alors qu’ils étaient drogués pour cela, a été fermé il y a quelques années. Il a également été révélé que certains bébés tigres avaient été capturés dans la nature et que leurs mères avaient été massacrées pour les obtenir. Malheureusement, d’autres zoos et parcs offrent encore la possibilité de prendre des « selfies avec des tigres » ou des « biberons de petits tigres ». Toujours en Asie du Sud-Est, les promenades à dos d’éléphants restent problématiques. Certains de ces animaux sont prélevés dans la forêt, leur environnement naturel, et sont souvent maltraités lors de leur processus d’« apprivoisement ». Et malheureusement, tant que les touristes sont prêts à payer pour cela, ces pratiques peuvent mettre du temps à disparaître.

Pour Aurélie, c’est tout le contraire de ce que prône Voyage Sauvage en matière de tourisme. “C’est une catastrophe. Ce tourisme ne devrait plus pouvoir exister. Il ne doit pas exister.”

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