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À l’occasion de la journée mondiale de la langue arabe, nous avons décidé de vous emmener à la découverte de la culture arabe au travers de la calligraphie. Cet art millénaire accompagne et orne aujourd’hui bon nombre de monuments, bâtiments et objets en tout genre au Proche et Moyen-Orient. 

Afin de comprendre ce qu’est la calligraphie arabe il est important de poser les bases de ce qu’est l’arabe moderne. Elle est la langue parlée par les pays arabes, on en dénombre 22 (du Maroc à la Syrie). Cette expansion linguistique est inaliénable aux conquêtes islamiques ayant débutées avec l’Hégire (en 622 après J-C). L’arabe est en effet la langue de l’Islam. C’est au travers de la transmission écrite et orale du Coran, que l’arabe est devenue une langue à part entière.

Cependant, au fur et à mesure de son avancement, la langue arabe parlée s’est hétérogénéisé au contact des différentes cultures locales. Cela à fait de tel que très peu de pays dits arabes parlent en effet la même langue.

On parle alors de dialectes lorsque l’on fait référence aux langues parlées des populations et de Fushaa (الفصحى) lorsque l’on parle de sa forme écrite la plus littérale. Il s’agit de celle que l’on retrouve dans le Coran.

Cette dichotomie est importante pour comprendre qu’il n’existe pas une unicité de la langue arabe mais plutôt des dialectes arabes et une langue écrite originelle. 

La naissance de la calligraphie arabe

L’arabe, une langue écrite originellement très imagée

Avant l’Islam, les populations d’Arabie écrivaient en arabique, une langue apparue au 1er millénaire avant l’ère chrétienne. Sa forme la plus achevée, nommée Sud-arabique, est élaborée au Yémen.

Elle est composée de 29 consonnes et sens « boustrophédon ». C’est-à -dire qu’ elle est écrite de droite à gauche pour la première ligne puis la ligne suivante de gauche à droite, et ainsi de suite.

Cette langue évolue ensuite vers celle que l’on connaît aujourd’hui. Son alphabet consonantique devient syllabique avec 7 voyelles. Elle est composée de 28 consonnes et s’écrit et se lit dorénavant de droite à gauche.

De plus, l’alphabet et son écriture sont très imagés. Par exemple, la lettre B représente schématiquement le plan d’une maison. Or, le nom de cette lettre en sémitique est beth (qui donnera bêta en grec) et beth signifie « maison » dans la plupart des langues sémitiques. 

De même, la lettre que l’on transcrit « « , et qui est une gutturale propre au sémitique, est représentée par un œil avec ou sans pupille : cette lettre s’appelle ayin, qui est le nom de l’œil en sémitique. Cela implique que l’alphabet a été inventé selon le principe acrophonique, en isolant les sons consonantiques et en les représentant chacun par le dessin d’un objet dont le nom commençait par ce son. 

Enfin, l’écriture arabe prend sa forme définitive, en termes d’orthographe, de vocalisation et de ponctuation des lettres au IXe siècle. À ce moment, elle est fortement sous l’influence des grands grammairiens du sud de l’Irak mais aussi de la chancellerie califale.

L’art calligraphique traditionnel au Proche et Moyen-Orient

La calligraphie, c’est l’art de former d’une façon élégante et ornée les caractères de l’écriture

A l’origine, la calligraphie arabe est liée à l’écriture du Coran; il s’agissait de magnifier la parole sacrée, d’autant plus que tout représentation d’humains et d’animaux était prohibée.

Les artistes ne pouvaient imiter la création de Dieu. Il ne pouvait pas insuffler la vie à leurs créations. Autrement dit, il n’existait pas de peintures, dessins ou sculptures, illustrant les récits du Coran.

photo d'un Coran avec une calligraphie arabe sur la couverture, ©Canva

(Calligraphie sur Coran, ©Canva)

Au début, c’est le calligraphe qui taille ses outils, les qalams (des roseaux). Ensuite, il fabrique ses encres à partir de goudron, laine, plantes, pierres et épices.

Pour le papier, c’était sur des rouleaux, pour les prières par exemple. On utilisait alors des feuillets pour le Coran. Les deux sont décorés d’enluminures et calligraphie. 

Photo Matériel de calligraphie arabe

(Matériel de calligraphie, ©Canva)

Ces enluminures et ornements anciens sont aujourd’hui toujours visibles sur certains monuments à travers le Proche et Moyen-Orient. Ils sont vestiges des conquêtes et de l’empire islamique.

Dans les monuments sont alors incrustés des calligraphies faites en stuc ou en zellige. Ces compositions sont resplendissantes de couleurs. On les retrouve très souvent dans les mosquées et les medressas (lieux d’enseignement). Nous vous invitons d’ailleurs à visiter la Medressas mérinide de Salé ou bien encore La Bou Inania de Fès.

Photo de la Madrassa Mérinide de Salé au Maroc

(Madrassa Merinide de Salé, Maroc, ©Canva)

La Bou Inania, Fès, Maroc, calligraphie arabe murale

(La Bou Inania, Fès, Maroc, ©Canva)

L’héritage culturel : un voyage à part entière.

Mouvements et styles calligraphiques arabes

La calligraphie arabe, comme on la connaît aujourd’hui, repose donc sur une évolution millénaire. Comme tout art, il en existe différents mouvements, et son utilisation élargie n’a cessé de croître au fil du temps. Au cours des siècles, elle fut fortement influencée par les différentes cultures arabes (Maghreb, Proche et Moyen-Orient). Il existe d’ailleurs plusieurs moments clés de la construction de mouvements calligraphiques arabes.

On peut notamment citer le style Thuluth (ثلث). Créé au Xème siècle après J-C, il est l’un des 6 styles canoniques de la calligraphie arabe. Il faut créer par Ibn Muqla vizir et calligraphe abbasside de Bagdad (Irak). Il établit les premières normes du style Thuluth, basé sur les cercles.

Mouvement calligraphique répandu, le style Soulouci (ou thuluth) est notamment encore utilisé sur le drapeau de l’Arabie Saoudite.

Drapeau de l'Arabie saoudite, sur lequel figure de la calligraphie arabe

(Drapeau de l’Arabie Saoudite, ©Pixabay)

Ensuite, et ce un siècle plus tard, à Bagdad, Ibn Al Bawwab, invente une dizaine de styles, et les catégorise par domaine. On peut notamment retrouver le Naskh (نسخ), utilisé pour l’édition du Coran en Orient. Ensuite, il existe aussi le style Diwani (ديواني), style utilisé pour les correspondances califalles. Enfin, on peut aussi évoquer le style Ruq’ah (رقعة) pour les actes administratifs.

Ces styles peuvent d’ailleurs être combinés, notamment le Naskh et le Thuluth. On les retrouve notamment dans et sur des corans mais aussi sur des monuments célèbres.

Par exemple, on retrouve ces styles calligraphiques arabes dans la mosquée Sainte Sophie (Aya Sophia, Istanbul, Turquie). Ils sont d’ailleurs l’apparage des magnifiques et colossaux médaillons suspendus situés à l’intérieur de la mosquée.

La Mosquée Sainte-Sophie , Istanbul, Turquie

(Médaillons dans la Mosquée Sainte-Sophie, Aya Sophia, Istanbul, Turquie)

De nos jours, la calligraphie arabe a su s’exporter à des domaines plus profanes. Tout d’abord au travers de la poésie et des récits, elle a su s’exporter à l’architecture, le marketing, ou bien encore la décoration.

La calligraphie arabe moderne

L’art calligraphique arabe porte donc en lui les traces d’une culture millénaire. Il est l’une des premières expressions de l’histoire et de la transmission de la langue arabe.

Au travers de la poursuite de la calligraphie arabe, vous pourrez vous aventurer à travers le temps et l’espace. Allez vous émerveiller devant les calligraphies de l’Alhambra en Andalousie. Vous serez alors plongé dans l’Espagne musulmane (711-1494).

Sinon, allez observer des constructions plus modernes, tel que le Musée du Futur à Dubaï. Sa façade est recouverte de calligraphie arabe rappelant celles de l’Andalousie.

Calligraphie arabe ornant l'Alhambra, Grenade, Espagne

(Calligraphies ornant l’Alhambra, Grenade, Espagne, ©Canva)

Calligraphie arabe ornant le Musée du Futur à Dubaï, Émirats Arabes Unis

(Le Musée du Futur à Dubaï, Émirats Arabes Unis, ©AdobeStock)

Ensuite, aller à la rencontre de la calligraphie arabe vous permettra de découvrir un art unique. Il existe une telle diversité de calligraphie.
Cela débute par le choix des matériaux utilisés (encres, stucs, bois, zelliges, métaux). Ensuite, les lieux où se trouvent les calligraphies permettent de découvrir toujours plus de recoins méconnus (bibliothèques, musées, medresas).
Enfin les supports étant très variés, vous pourriez vous émerveiller devant des parchemins, mais aussi des mobiliers et des monuments.

Tombeaux Saadiens décorés avec des zelliges, Marrakech, Maroc

(Tombeaux Saadiens décorés avec des zelliges, Marrakech, Maroc,©Canva)

Calligraphie arabe de la  mosquée Soliman, Istanbul, Turquie

(Calligraphies de la mosquée Soliman, Istanbul, Turquie)

La langue arabe : un vecteur de découverte culturelle unique

Les langues apparaissent aujourd’hui comme un vecteur de connaissance et d’apprentissage. Au travers d’un langage et ces symboles c’est tout un trésor culturel que l’on vous invite à découvrir. Vous verrez donc de ce fait la calligraphie arabe comme une sublimation du trésor culturel de cette langue. 

Enfin, les calligraphies, et notamment celles arabes, sont une invitation. Disposées sur des livres, des manuscrits ou des monuments, elles nous invitent à découvrir ce qu’elles cachent derrière elles. Ouvrez donc ces livres, parcourez du regard ces objets et visitez ces monuments ornés de parures calligraphiques uniques !

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